Chapitre III Une course au “Caucus” et une longue histoire suite et fin
Fury
dit à
une souris
Qu'il avait
trouvée
au logis :
- Allons
devant
le tribunal ;
Je te poursuis
devant la loi.
Je n’accepte
pas de refus ;
Il faut
que ce procès
ait lieu,
Car
ce matin,
en vérité,
Je n’ai
rien à faire
de mieux.
La souris
répond
au roquet :
- Mon cher
monsieur,
un tel procès,
Sans jury
et sans juge,
Ne se peut pas,
je le crains fort.
- Je serai
juge,
je serai
juré,
répondit
le rusé
Fury.
C’est moi qui
rendrai le verdict
et te condamnerai
à mort .
- Tu n’écoutes pas ! reprocha à Alice la Souris d’un ton sévère. A quoi penses-tu donc ?
- Je te demande pardon, dit Alice très humblement. Tu en étais arrivée à la cinquième courbe, n’est-ce pas ?
- Mais pas du tout ! s’exclama la Souris d’un ton furieux. Je n’étais pas encore au nœud de mon histoire !
- Il y a donc un nœud quelque part ? demanda Alice, toujours prête à rendre service, en regardant anxieusement autour d’elle. Oh, je t’en prie, laisse-moi t’aider à le défaire !
- Jamais de la vie ! rétorqua la Souris en se levant et en s’éloignant. Tu m’insultes en racontant des bêtises pareilles !
- Je ne l’ai pas fait exprès ! dit la pauvre Alice pour s’excuser. Mais, tu te froisses pour un rien, tu sais !
La Souris, en guise de réponse, se contenta de grogner.
- Je t’en prie, reviens et achève ton histoire ! s’écria Alice.
Et tous les autres s’exclamèrent en chœur :
- Oui, nous t’en prions !
Mais la Souris se contenta de hocher la tête avec impatience, en s’éloignant un peu plus vite.
- Quel dommage qu’elle n’ait pas voulu rester ! déclara le Lori en soupirant, aussitôt qu’elle eut disparu ; et une vieille mère Crabe profita de l’occasion pour dire à sa fille :
- Ah ! ma chérie ! Que ceci te serve de leçon et t’apprenne à ne jamais te mettre en colère !
- Tais-toi, m’man ! répondit la petite d’un ton acariâtre. Ma parole, tu ferais perdre patience à une huître !
- Ce que je voudrais avoir notre Dinah avec moi ! s’exclama Alice à haute voix, mais sans s’adresser à personne en particulier. Elle aurait vite fait de la ramener !
- Et qui est Dinah, si je puis me permettre de poser cette question ? demanda le Lori.
Alice répondit avec empressement, car elle était toujours prête à parler de son animal favori :
- Dinah est notre petite chatte. Elle n’a pas sa pareille pour attraper les souris, tu ne peux pas t’en faire une idée !
Et je voudrais que tu la voies quand elle chasse les oiseaux !
Elle avale un petit oiseau en un rien de temps !
Ces paroles causèrent une grande sensation dans l’assistance.
Quelques oiseaux s’envolèrent sans plus attendre.
Une vieille Pie commença à s’emmitoufler très soigneusement en marmottant :
- Il faut absolument que je rentre ; l’air de la nuit me fait mal à la gorge !
et un Canari cria à ses enfants d’une voix tremblante :
- Partons, mes chéris ! Vous devriez être au lit depuis longtemps déjà !
Sous des prétextes divers, tous s’éloignèrent, et, bientôt, Alice se trouva seule.
- Ce que je regrette d’avoir parlé de Dinah ! se dit-elle d’une voix mélancolique.
Personne ici n’a l’air de l’aimer, et pourtant je suis sûre que c’est la meilleure chatte du monde !
Oh, ma Dinah chérie ! Je me demande si je te reverrai jamais
Là-dessus, la pauvre Alice se remit à pleurer, car elle se sentait très seule et découragée.
Au bout d’un court moment, cependant, elle entendit dans le lointain un léger bruit de pas ; alors, elle leva des yeux avides, espérant vaguement que la Souris avait changé d’idée et revenait pour achever son histoire.