C’était un rieur ; à l’aide de ses plaisanteries il vendait force morceaux de savon et pots de pommade.
 
Les galopins lui montrèrent le moineau. Ecoutez, dit-il, nous allons le faire bien beau, il ne se reconnaîtra plus lui- même.
 
L’infortunée maman moineau frissonna de tous ses membres.
 
Le vieux prit dans sa balle un morceau de papier doré qu’il découpa artistement ; il enduisit l’oiseau de toutes parts avec du blanc d’oeuf, et colla le papier dessus.
 
Les gamins battaient des mains en voyant le pierrot doré sur toutes les coutures ; mais lui ne songeait guère à sa toilette resplendissante, il tremblait comme une feuille.
 
Le vieux loustic coupa ensuite un petit morceau d’étoffe rouge, y tailla des zigzags pour imiter une crête de coq, et l’ajusta sur la tête de l’oiseau.
 
Maintenant, vous allez voir, dit-il, quel effet il produira quand il va voler !
 
Et il laissa partir le moineau qui, éperdu de frayeur, se mit à tourner en rond, ne sachant plus où il était.
 
Comme il brillait à la lumière du soleil !
 
Toute la gent volatile, même une vieille corneille fut d’abord effarée à l’aspect de cet être extraordinaire.
 
Le moineau s’était un peu remis et avait pris son vol vers son nid ; mais toute la bande des moineaux d’alentour, les pinsons, les bouvreuils et aussi la corneille se mirent à sa poursuite pour apprendre de quel pays il venait.
 
Au milieu de ce tohu-bohu, il se troubla de nouveau, l’épouvante commençait à paralyser ses ailes, son vol se ralentissait. Plusieurs oiseaux l’avaient rattrapé et lui donnaient des coups de bec ; les autres faisaient un ramage terrible. Enfin le voilà devant son nid. Les petits, attirés par tout ce tapage, avaient mis la tête à la fenêtre. Tiens, se dirent-ils l’un à l’autre, c’est certainement un jeune paon.
 
L’éclat de son plumage fait mal aux yeux. Te rappelles-tu ce que la mère nous a dit : "C’est le beau. A bas le beau ! Sus, sus !" Et de leurs petits becs ils frappèrent l’oiseau épuisé qui n’avait plus assez de souffle pour dire pip, ce qui l’aurait peut-être fait reconnaître. Ils barrèrent l’entrée du nid à leur mère.
 
Les autres oiseaux alors se jetèrent sur elle et lui arrachèrent une plume après l’autre ; elle finit par tomber sanglante au milieu du rosier.
 
Pauvre petite bête ! dirent les roses. Cache-toi bien. Ils n’oseront pas te poursuivre plus loin. Notre père te défendra avec ses épines. Repose ta tète sur nous.
 
Mais le pauvre moineau était dans les dernières convulsions, il étendit les ailes, puis les resserra ; il était mort.
 
Dans le nid, c’étaient des pip, pip continuels.
 
Où peut donc rester la mère si longtemps ? dit l’aîné des petits.
 
Serait-ce avec intention qu’elle ne rentre pas ? peut-être veut-elle nous signifier que nous sommes assez grands pour pourvoir nous-mêmes à notre entretien ? Oui, ce doit être cela.
Elle nous abandonne le nid.
Nous pouvons y loger tous trois maintenant ; mais plus tard, quand nous aurons de la famille, à qui sera-t-il ?
Moi, je vous ferai bien décamper, dit le plus jeune, quand je viendrai installer ici ma nichée.
 
Tais-toi, blanc-bec, dit le second, je serai marié bien avant toi, et avec ma femme et mes petits je te ferai une belle conduite si tu viens ici.
 
Et moi, je ne compte donc pour rien ? s’écria l’aîné.
 
La querelle s’envenima, ils se mirent à se battre des ailes, à se donner des coups de bec ; les voilà tous trois hors du nid dans la gouttière, ils restèrent à plat quelque temps, clignotant des yeux de l’air le plus niais.
 
Enfin ils se relevèrent, ils savaient un peu voleter, et les deux aînés, se sentant le désir de voir le monde, laissèrent le nid au plus jeune.
 
Avant de se séparer, ils convinrent d’un signe pour se reconnaître plus tard : c’était un pip prolongé, accompagné de trois grattements avec la patte gauche ; ils devaient apprendre ce moyen de reconnaissance à leurs petits.
 
Le plus jeune se carrait avec délices dans le nid, qui était maintenant à lui seul. Mais dès la nuit suivante le feu prit au toit, qui était de chaume ; il flamba en un instant et le moineau fut grillé.
 
Lorsque le soleil apparut, il ne restait plus debout que quelques poutres à moitié calcinées, appuyées contre un pan de mur. Les décombres fumaient encore.
 
A côté des ruines, le rosier était resté aussi frais, aussi fleuri que la veille ; l’image de ses riches bouquets se reflétait toujours dans l’eau.
 
Quel effet pittoresque font ces fleurs épanouies devant ces ruines ! s’écria un passant. Il me faut dessiner cela.
 
Et il tira d’un cahier une feuille de papier et se mit à tracer un croquis : c’était un peintre. Il dessina les restes de la maison, la cheminée qui menaçait de s’écrouler, les débris de toute sorte, et en avant le magnifique rosier couvert de fleurs.
 
Ce contraste entre la nature, toujours belle et vivante, et l’oeuvre de l’homme, si périssable, était saisissant. Dans la journée, les deux jeunes moineaux envolés de la veille vinrent faire un tour aux lieux de leur naissance. Qu’est devenue la maison ? s’écrièrent-ils. Et le nid ? Tout a péri, et notre frère le querelleur aussi. C’est bien fait pour lui.
 
Mais faut-il que ces maudites roses aient seules échappé au feu !
Et le malheur des autres ne les chagrine pas, ni ne les fait maigrir, elles ont toujours leurs grosses joues bouffies ! Je ne puis les voir, dit l’aîné. Allons-nous-en, c’est maintenant un séjour affreux.
 
Et ils s’envolèrent. Par une belle journée d’automne, une bande de pigeons, noirs, blancs, tachetés, sautillaient dans la basse-cour du château. Leur plumage bien lissé brillait au soleil.
 
On venait de leur jeter des pois et des graines.
 
Ils couraient çà et là en désordre.
 
En groupes ! en groupes ! dit une vieille mère pigeonne. Quelles sont ces petites bêtes grises qui gambadent toujours derrière nous ? demanda un jeune pigeon au plumage rouge et vert.
Venez, gris-gris. Ce sont des moineaux. Comme notre race a la réputation d’être douce et affable, nous les laissons picorer quelques graines.
 
En effet, voilà que deux des moineaux qui venaient d’arriver de côtés différents se mirent pour se saluer, à gratter trois fois de la patte gauche et à pousser un pip en point d’orgue.
 
On fait bombance ici, se dirent-ils. L
 
es pigeons d’un air protecteur se rengorgeaient et se promenaient fiers et hautains.
 
Quand on les observe de près, on les trouve remplis de défauts ; entre eux, quand ils se croient seuls, ils sont toujours à se quereller, à se donner de furieux coups de bec.
 
Regarde un peu celui qui a une si grosse gorge ! dit un des jeunes pigeons à la vieille grand-mère. Comme il avale des pois ! son jabot en crève presque !
Allons, donnez-lui une raclée. Courez, courez, courez ! Et les yeux scintillants de méchanceté, deux jeunes se jetèrent sur le pigeon à grosse gorge qui, la crête soulevée de colère, les bouscula l’un après l’autre.
 
En groupes ! s’écria la vieille. Venez, gris-gris ! Courez, courez, courez ! Les moineaux faisaient ripaille ; ils avaient mis de côté leur effronterie native, et se tenaient convenablement pour qu’on les tolérât ; ils se plaçaient même dans les groupes au commandement de la vieille.
 
Une fois bien repus, ils déguerpirent ; quand ils furent un peu loin, ils échangèrent leurs idées sur les pigeons, dont ils se moquèrent à plaisir. Ils allèrent, pour faire la sieste, se reposer sur le rebord d’une fenêtre : elle était ouverte.
 
Quand on a le ventre plein, on se sent hardi ; aussi l’un d’eux se risqua bravement dans la chambre. Pip, pip, dit le second, j’en ferais bien autant et même plus.
 
Et il s’avança jusqu’au milieu de l’appartement. Il ne s’y trouvait personne en ce moment. En furetant à droite et à gauche, les voilà tout au fond de la chambre.
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