SOMMAIRE SOMMAIRE Suivant SuivantAvertissements et châtiments I Le Travail des captifs Dieu dit au roi : Je suis ton Dieu. Je veux un temple. C'est ainsi, dans l'azur où l'astre le contemple, Que Dieu parla ; du moins le prêtre l'entendit. Et le roi vint trouver les captifs, et leur dit : En est-il un de vous qui sache faire un temple ? Non, dirent-ils. J'en vais tuer cent pour l'exemple, Dit le roi. Dieu demande un temple en son courroux. Ce que Dieu veut du roi, le roi le veut de vous. C'est juste. C'est pourquoi l'on fit mourir cent hommes. Alors un des captifs cria : Sire, nous sommes Convaincus. Faites-nous, roi, dans les environs, Donner une montagne, et nous la creuserons. Une caverne ? dit le roi. Roi qui gouvernes, Dieu ne refuse point d'entrer dans les cavernes, Dit l'homme, et ce n'est pas une rébellion Que faire un temple à Dieu de l'antre du lion. Faites, dit le roi. L'homme eut donc une montagne ; Et les captifs, traînant les chaînes de leur bagne, Se mirent à creuser ce mont, nommé Galgal ; Et l'homme était leur chef, bien qu'il fût leur égal, Mais dans la servitude, ombre où rien ne pénètre, On a pour chef l'esclave à qui parle le maître. Ils creusèrent le mont Galgal profondément. Quand ils eurent fini, l'homme dit : Roi clément,Vos prisonniers ont fait ce que le ciel désire ;Mais ce temple est à vous avant d'être à Dieu, sire ; Que votre Éternité daigne venir le voir J'y consens, répondit le roi. Notre devoir,Reprit l'humble captif prosterné sur les dalles, Est d'adorer la cendre où marchent vos sandales ; Quand vous plaît-il de voir notre œuvre ? Sur-le-champ. Alors le maître et l'homme, à ses pieds se couchant, Furent mis sous un dais sur une plate-forme ; Un puits était bouché par une pierre énorme, La pierre fut levée, un câble hasardeux Soutint les quatre coins du trône, et tous les deux Descendirent au fond du puits, unique entrée De la montagne à coups de pioches éventrée. Quand ils furent en bas, le prince s'étonna. C'est de cette façon qu'on entre dans l'Etna, C'est ainsi qu'on pénètre au trou de la Sibylle, C'est ainsi qu'on aborde à l'Hadès immobile, Mais ce n'est pas ainsi qu'on arrive au saint lieu. Qu'on monte ou qu'on descende, on va toujours à Dieu Dit l'architecte ayant comme un forçat la marque ; Ô roi, soyez ici le bienvenu, monarque Qui parmi les plus grands et parmi les premiers Rayonnez, comme un cèdre au milieu des palmiers Règne, et comme Pathmos brille entre les Sporades. Qu'est ce bruit ? dit le roi. Ce sont mes camarades Qui laissent retomber le couvercle du puits. Mais nous ne pourrons plus sortir. Rois, vos appuis Sont les astres, ô prince, et votre cimeterre Fait reculer la foudre, et vous êtes sur terre Le soleil comme au ciel le soleil est le roi. Que peut craindre ici-bas Votre Hautesse ? Quoi !Plus d'issue ! Ô grand roi, roi sublime, qu'importe !Vous êtes l'homme à qui Dieu même ouvre la porte. Alors le roi cria : Plus de jour, plus de bruit, tout est noir, je ne vois plus rien. Pourquoi la nuit Est-elle dans ce temple ainsi qu'en une cave ? Pourquoi ? Parce que c'est ta tombe, dit l'esclave.
Homo duplex Un jour, le duc Berthold, neveu du comte Hugo, Marquis du Rhin, seigneur de Fribourg en Brisgau, Traversait en chassant la forêt de Thuringe. Il vit sous un grand arbre un ange auprès d'un singe. Ces deux êtres, pareils à deux lutteurs grondants, Se regardaient l'un l'autre avec des yeux ardents ; Le singe ouvrait sa griffe et l'ange ouvrait son aile. Et l'ange dit : Berthold de Zœhringen, qu'appelle Dans la verte forêt le bruit joyeux des cors, Tu vois ici ton âme à côté de ton corps. Écoute : moi je suis ton esprit, lui ta bête. Chacun de tes péchés lui fait lever la tête ; Chaque bonne action que tu fais me grandit. Tant que tu vis, je lutte et j'étreins ce bandit ; À ta mort tout finit dans l'ombre ou dans l'aurore. Car c'est moi qui t'enlève ou lui qui te dévore.
Verset du Koran La terre tremblera d'un profond tremblement, Et les hommes diront : Qu'a-t-elle ? En ce moment, Sortant de l'ombre en foule ainsi que des couleuvres, Pâles, les morts viendront pour regarder leurs œuvres. Ceux qui firent le mal le poids d'une fourmi Le verront, et pour eux Dieu sera moins ami ; Ceux qui firent le bien ce que pèse une mouche Le verront, et Satan leur sera moins farouche.
L’Aigle du casque Ô sinistres forêts, vous avez vu ces ombres Passer, l'une après l'autre, et, parmi vos décombres, Vos ruines, vos lacs, vos ravins, vos halliers, Vous avez vu courir ces deux noirs chevaliers ; Vous avez vu l'immense et farouche aventure ; Les nuages, qui sont errants dans la nature, Ont eu cette épouvante énorme au-dessous d'eux ; La victoire fut sourde et l'exploit fut hideux ; Et l'herbe et la broussaille et les fleurs et les plantes Et les branches en sont encor toutes tremblantes. L'arbre en parle au rocher, l'antre en parle au menhir ; Le vieux mont Lothian semble se souvenir ; Et la fauvette en cause avec la tourterelle. Et maintenant, disons ce que fut la querelle Entre cet homme fauve et ce tragique enfant. ------------------------ Le fond, nul ne le sait. L'obscur passé défend Contre le souvenir des hommes l'origine Des rixes de Ninive et des guerres d'Égine, Et montre seulement la mort des combattants Après l'échange amer des rires insultants ; Ainsi les anciens chefs d'Écosse et de Northumbre Ne sont guère pour nous que du vent et de l'ombre ; Ils furent orageux, ils furent ténébreux, C'est tout ; ces sombres lords se dévoraient entr'eux ; L'homme vient volontiers vers l'homme à coups d'épée Bruce hait Baliol comme César Pompée ; Pourquoi ? Nous l'ignorons. Passez, souffles du ciel. Dieu seul connaît la nuit. Le comte Strathaël, Roi d'Angus, pair d'Écosse, est presque centenaire ; Le gypaëte cache un petit dans son aire, Et ce lord a le fils de son fils près de lui ; Toute sa race ainsi qu'un blême éclair a lui Et s'est éteinte ; il est ce qui reste d'un monde ; Mais Dieu près du front chauve a mis la tête blonde, L'aïeul a l'orphelin. Jacque a six ans. Le lord Un soir l'appelle, et dit :Je sens venir la mort. Dans dix ans, tu seras chevalier. Fils, écoute. Et, le prenant à part sous une sombre voûte, Il parla bas longtemps à l'enfant adoré, Et quand il eut fini l'enfant lui dit :J'irai. Et l'aïeul s'écria :Pourtant il est sévère En sortant du berceau de monter au calvaire, Et seize ans est un âge où, certe, on aurait droit De repousser du pied le seuil du tombeau froid, D'ignorer la rancune obscure des familles, Et de s'en aller rire avec les belles filles ! L'aïeul mourut. ------------------------ Le temps fuit. Dix ans ont passé. ------------------------ Tiphaine est dans sa tour que protége un fossé, Debout, les bras croisés, sur la haute muraille. Voilà longtemps qu'il n'a tué quelqu'un, il bâille. Dix ans, cela suffit pour que les chênes verts Soient d'une obscurité plus épaisse couverts ; Dix ans, cela suffit pour qu'un enfant grandisse. En dix ans, certe, Orphée oublierait Eurydice, Admète son épouse et Thisbé son amant, Mais pas un chevalier n'oublierait un serment. C'est le soir ; et Tiphaine est oisif. Les mélèzes Font au loin un bruit vague au penchant des falaises. Ce Tiphaine est le lord sauvage des forêts ; Pas un loup n'oserait l'approcher de trop près ; Il s'est fait un royaume avec une montagne ; On le craint en Écosse, en Northumbre, en Bretagne ; On ne l'attaque pas, tant il est toujours seul ; Être dans le désert, c'est vivre en un linceul. Il fait peur. Est-il prince ? est-il né sous le chaume ? On ne sait ; un bandit qui serait un fantôme, C'est Tiphaine ; et les vents et les lacs et les bois Semblent ne prononcer son nom qu'à demi-voix ; Pourtant ce n'est qu'un homme ; il bâille. Lord Tiphaine A mis autour de lui l'effroi comme une chaîne ; Mais il en sent le poids ; tout s'enfuit devant lui ; Mais l'orgueil est la forme altière de l'ennui. N'ayant personne à vaincre, il ne sait plus que faire. Soudain il voit venir l'écuyer qu'il préfère, Bernard, un bon archer qui sait lire, et Bernard Dit :Milord, préparez la hache et le poignard. Un seigneur vous écrit.Quel est ce seigneur ?Sire, C'est Jacques, lord d'Angus.Soit. Qu'est-ce qu'il désire ? Vous tuer.Réponds-lui que c'est bien. Peu de temps Suffit pour rapprocher deux hautains combattants Et pour dire à la mort qu'elle se tienne prête, L'éclair n'entendrait pas Dieu lui criant : Arrête ! Arriver, c'est la loi du sort. Il s'écoula Une semaine. Puis, de Lorne à Knapdala, Douze sonneurs de cor en dalmatiques rouges Firent savoir à tous, aux manants dans leurs bouges, Au prêtre en son église, au baron dans sa tour, Que deux lords entendaient se rencontrer tel jour, Que saint Gildas serait patron de la rencontre, Et qu'Angus étant pour, Tiphaine serait contre ; Car l'usage est d'avoir un saint pour les soldats, En Irlande Patrick, en Écosse Gildas ; C'est pour ou contre un saint que tout combat se livre ; Avec la liberté de fuir et de poursuivre, D'être ferme ou tremblant, magnanime ou couard, Cruel comme Beauclerc, ou bon comme Édouard.
VICTOR HUGO LA LEGENDE DES SIECLES Nouvelle série (1877)
Divers
Fondateur Ecrivain Public lien de sites FAQ Règles A propos GalerieLapenseeannuaire -
Annuaire Généraliste Flux RSS Annuaire
Généraliste Spécialisé E-Cards Contact Contes
Grimm Andersen C. Perrault A. Daudet S. Prokofiev R. Southey's Lewis Caroll J.M. Barrie Mme d'Aulnoy Sara Cone Bryant Leprinde de Beaumont Divers Logo Poésies
Beaudelaire Les fleurs du mal Victor Hugo La légende des siècles
1ère Série 1859 Nouvelle Série 1877 Dernière série 1883 Leconte de l'Isle Journal Contes & Nouvelles
Octave Mirbeau Tommy Détective
Tommy N°1 Tommy N°2 Livre d'Or Proses
Slam de la toile Une petite voix Univers bizarre Délire Nocturne Libre
Accueil Sites à visiter Comptines Fables
La Fontaine de Floriant EsopeCopyright la-pensée-française.com 2008-2010 -