Page copy protected against web site content infringement by Copyscape
SOMMAIRE SOMMAIREVICTOR HUGO LA LEGENDE DES SIECLES Nouvelle série (1877)
Changement d’horizon Homère était jadis le poëte ; la guerre Était la loi ; vieillir était d'un cœur vulgaire ; La hâte des vivants et leur unique effort Était l'embrassement tragique de la mort. Ce que les dieux pouvaient donner de mieux à l'homme, C'était un grand linceul libérateur de Rome, Ou quelque saint tombeau pour Sparte et pour ses lois ; L'adolescent hagard se ruait aux exploits ; C'était à qui ferait plus vite l'ouverture Du sépulcre, et courrait cette altière aventure. La mort avec la gloire, ô sublime présent ! Ulysse devinait Achille frémissant ; Une fille fendait du haut en bas sa robe, Et tous criaient : Voilà le chef qu'on nous dérobe ! Et la virginité sauvage de Scyros Était le masque auguste et fatal des héros ; L'homme était pour l'épée un fiancé fidèle ; La muse avait toujours un vautour auprès d'elle ; Féroce, elle menait aux champs ce déterreur. Elle était la chanteuse énorme de l'horreur, La géante du mal, la déesse tigresse, Le grand nuage noir de l'azur de la Grèce. Elle poussait aux cieux des cris désespérés. Elle disait : Tuez ! tuez ! tuez ! mourez ! Des chevaux monstrueux elle mordait les croupes, Et, les cheveux au vent, s'effarait sur les groupes Des hommes dieux étreints par les héros titans ; Elle mettait l'enfer dans l'œil des combattants, L'éclair dans le fourreau d'Ajax, et des courroies Dans les pieds des Hectors traînés autour des Troies ; Pendant que les soldats touchés du dard sifflant, Pâles, tombaient, avec un ruisseau rouge au flanc, Que les crânes s'ouvraient comme de sombres urnes, Que les lances trouaient son voile aux plis nocturnes, Que les serpents montaient le long de son bras blanc, Que la mêlée entrait dans l'Olympe en hurlant, Elle chantait, terrible et tranquille, et sa bouche Fauve, bavait du sang dans le clairon farouche ! Et les casques, les tours, les tentes, les blessés, Les noirs fourmillements de morts dans les fossés, Les tourbillons de chars et de drapeaux, les piques Et les glaives, volaient dans ses souffles épiques ! La muse est aujourd'hui la Paix, ayant les reins Sans cuirasse et le front sous les épis sereins ; Le poëte à la mort dit : Meurs, guerre, ombre, envie ! Et chasse doucement les hommes vers la vie ; Et l'on voit de ses vers, goutte à goutte, des pleurs Tomber sur les enfants, les femmes et les fleurs, Et des astres jaillir de ses strophes volantes ; Et son chant fait pousser des bourgeons verts aux plantes ; Et ses rêves sont faits d'aurore, et, dans l'amour, Sa bouche chante et rit, toute pleine de jour. En vain, montrant le poing dans tes mornes bravades, Tu menaces encor, noir passé ; tu t'évades ! C'est fini. Les vivants savent que désormais, S'ils le veulent, les plans hideux que tu formais Crouleront, qu'il fait jour, que la guerre est impie, Et qu'il faut s'entr'aider, car toujours l'homme expie Ses propres lâchetés, ses propres trahisons ; Ce que nous serons sort de ce que nous faisons. Moi, proscrit, je travaille à l'éclosion sainte Des temps où l'homme aura plus d'espoir que de crainte Et contemplera l'aube, afin de s'ôter mieux L'enfer du cœur, ayant le ciel devant les yeux.
Divers Fondateur Ecrivain Public lien de sites FAQ Règles A propos GalerieLapenseeannuaire - Annuaire Généraliste
Flux RSS Annuaire Généraliste Spécialisé E-Cards Contact Contes Grimm Andersen C. Perrault A. Daudet S. Prokofiev R. Southey's Lewis Caroll J.M. Barrie Mme d'Aulnoy Sara Cone Bryant Leprinde de Beaumont Divers Logo Poésies Beaudelaire Les fleurs du mal Victor Hugo La légende des siècles 1ère Série 1859 Nouvelle Série 1877 Dernière série 1883 Leconte de l'Isle Journal Contes & Nouvelles Octave Mirbeau Tommy Détective Tommy N°1 Tommy N°2 Livre d'Or Proses Slam de la toile Une petite voix Univers bizarre Délire Nocturne Libre Accueil Sites à visiter Comptines Fables La Fontaine de Floriant EsopeCopyright la-pensée-française.com 2008-2010 -