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Précédent Suivant SOMMAIRE Choisir HAUT Suivant Précédent HAUT SOMMAIRELe Torrent et la Rivière Avec grand bruit et grand fracas Un Torrent tombait des montagnes : Tout fuyait devant lui ; l'horreur suivait ses pas ; Il faisait trembler les campagnes. Nul voyageur n'osait passer Une barrière si puissante : Un seul vit des voleurs ; et, se sentant presser Il mit entre eux et lui cette onde menaçante. Ce n'était que menace et bruit sans profondeur : Notre homme enfin n'eut que la peur. Ce succès lui donnant courage, Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours, Il rencontra sur son passage Une Rivière dont le cours, Image d'un sommeil doux, paisible, et tranquille, Lui fit croire d'abord ce trajet fort facile : Point de bords escarpés, un sable pur et net. Il entre ; et son cheval le met À couvert des voleurs, mais non de l'onde noire : Tous deux au Styx allèrent boire ; Tous deux, à nager malheureux, Allèrent traverser, au séjour ténébreux, Bien d'autres fleuves que les nôtres. Les gens sans bruit sont dangereux : Il n'en est pas ainsi des autres.
Le Torrent et la Rivière Avec grand bruit et grand fracas Un Torrent tombait des montagnes : Tout fuyait devant lui ; l'horreur suivait ses pas ; Il faisait trembler les campagnes. Nul voyageur n'osait passer Une barrière si puissante : Un seul vit des voleurs ; et, se sentant presser Il mit entre eux et lui cette onde menaçante. Ce n'était que menace et bruit sans profondeur : Notre homme enfin n'eut que la peur. Ce succès lui donnant courage, Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours, Il rencontra sur son passage Une Rivière dont le cours, Image d'un sommeil doux, paisible, et tranquille, Lui fit croire d'abord ce trajet fort facile : Point de bords escarpés, un sable pur et net. Il entre ; et son cheval le met À couvert des voleurs, mais non de l'onde noire : Tous deux au Styx allèrent boire ; Tous deux, à nager malheureux, Allèrent traverser, au séjour ténébreux, Bien d'autres fleuves que les nôtres. Les gens sans bruit sont dangereux : Il n'en est pas ainsi des autres.
Jupiter et les tonnerres Jupiter, voyant nos fautes, Dit un jour, du haut des airs : " Remplissons de nouveaux hôtes Les cantons de l'univers Habités par cette race Qui m'importune et me lasse. Va-t'en, Mercure, aux Enfers ; Amène-moi la Furie La plus cruelle des trois. Race que j'ai trop chérie, Tu périras cette fois. " Jupiter ne tarda guère À modérer son transport. Ô vous, Rois, qu'il voulut faire Arbitres de notre sort, Laissez, entre la colère Et l'orage qui la suit, L'intervalle d'une nuit. Le Dieu dont l'aile est légère, Et la langue a des douceurs, Alla voir les noires Soeurs. À Tisiphone et Mégère Il préféra, ce dit-on, L'impitoyable Alecton. Ce choix la rendit si fière, Qu'elle jura par Pluton Que toute l'engeance humaine Serait bientôt du domaine Des Déités de là-bas. Jupiter n'approuva pas Le serment de l'Euménide. Il la renvoie ; et pourtant Il lance un foudre à l'instant Sur certain peuple perfide. Le Tonnerre, ayant pour guide Le père même de ceux Qu'il menaçait de ses feux, Se contenta de leur crainte ; Il n'embrasa que l'enceinte D'un désert inhabité : Tout père frappe à côté. Qu'arriva-t-il ? Notre engeance Prit pied sur cette indulgence. Tout l'Olympe s'en plaignit ; Et l'assembleur de nuages Jura le Styx, et promit De former d'autres orages : Ils seraient sûrs. On sourit ; On lui dit qu'il était père, Et qu'il laissât, pour le mieux, À quelqu'un des autres Dieux D'autres tonnerres à faire. Vulcain entreprit l'affaire. Ce dieu remplit ses fourneaux De deux sortes de carreaux : L'un jamais ne se fourvoie ; Et c'est celui que toujours L'Olympe en corps nous envoie ; L'autre s'écarte en son cours : Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte ; Bien souvent même il se perd ; Et ce dernier en sa route Nous vient du seul Jupiter.
Le Chat et le Rat Quatre animaux divers, le Chat Grippe-fromage, Triste-oiseau le Hibou, Ronge-maille le Rat, Dame Belette au long corsage, Toutes gens d'esprit scélérat, Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage. Tant y furent, qu'un soir à l'entour de ce pin L'Homme tendit ses rets. Le Chat, de grand matin, Sort pour aller chercher sa proie. Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne voie Le filet : il y tombe, en danger de mourir ; Et mon Chat de crier ; et le Rat d'accourir, L'un plein de désespoir, et l'autre plein de joie ; Il voyait dans les lacs son mortel ennemi. Le pauvre Chat dit : " Cher ami, Les marques de ta bienveillance Sont communes en mon endroit ; Viens m'aider à sortir du piège où l'ignorance M'a fait tomber. C'est à bon droit Que, seul entre les tiens, par amour singulière, Je t'ai toujours choyé, t'aimant comme mes yeux. Je n'en ai point regret, et j'en rends grâce aux Dieux J'allais leur faire ma prière, Comme tout dévot Chat en use les matins. Ce réseau me retient : ma vie est en tes mains ; Viens dissoudre ces noeuds. - Et quelle récompense En aurai-je ? reprit le Rat... - Je jure éternelle alliance Avec toi, repartit le Chat. Dispose de ma griffe, et sois en assurance : Envers et contre tous je te protégerai, Et la Belette mangerai Avec l'époux de la Chouette : Ils t'en veulent tous deux. " Le Rat dit : " Idiot ! Moi ton libérateur ? je ne suis pas si sot. " Puis il s'en va vers sa retraite. La Belette était près du trou. Le Rat grimpe plus haut ; il y voit le Hibou : Dangers de toutes parts ; le plus pressant l'emporte. Ronge-maille retourne au Chat, et fait en sorte Qu'il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant Qu'il dégage enfin l'hypocrite. L'Homme paraît en cet instant ; Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite. À quelque temps de là, notre Chat vit de loin Son Rat qui se tenait à l'erte et sur ses gardes : " Ah ! mon frère, dit-il, viens m'embrasser ; ton soin Me fait injure : tu regardes Comme ennemi ton allié. Penses-tu que j'aie oublié Qu'après Dieu je te dois la vie ? - Et moi, reprit le Rat, penses-tu que j'oublie Ton naturel ? Aucun traité Peut-il forcer un Chat à la reconnaissance ? S'assure-t-on sur l'alliance Qu'a faite la nécessité ? "
Le Bassa et le Marchand Un Marchand grec en certaine contrée Faisait trafic. Un Bassa l'appuyait ; De quoi le Grec en Bassa le payait, Non en Marchand : tant c'est chère denrée Qu'un protecteur. Celui-ci coûtait tant, Que notre Grec allait partout plaignant. Trois autres Turcs, d'un rang moindre en puissance, Lui vont offrir leur support en commun. Eux trois voulaient moins de reconnaissance Qu'à ce Marchand il n'en coûtait pour un. Le Grec écoute ; avec eux il s'engage ; Et le Bassa du tout est averti : Même on lui dit qu'il jouera, s'il est sage, À ces gens-là quelque méchant parti, Les prévenant, les chargeant d'un message Pour Mahomet, droit en son paradis, Et sans tarder ; sinon ces gens unis Le préviendront, bien certains qu'à la ronde Il a des gens tout prêts pour le venger : Quelque poison l'enverra protéger Les trafiquants qui sont en l'autre monde. Sur cet avis le Turc se comporta Comme Alexandre ; et, plein de confiance, Chez le Marchand tout droit il s'en alla, Se mit à table. On vit tant d'assurance En ses discours et dans tout son maintien, Qu'on ne crut point qu'il se doutât de rien. " Ami, dit-il, je sais que tu me quittes ; Même l'on veut que j'en craigne les suites ; Mais je te crois un trop homme de bien ; Tu n'as point l'air d'un donneur de breuvage. Je n'en dis pas là-dessus davantage. Quant à ces gens qui pensent t'appuyer, Écoute-moi : sans tant de dialogue Et de raisons qui pourraient t'ennuyer, Je ne te veux conter qu'un apologue. Il était un Berger, son Chien et son troupeau. Quelqu'un lui demanda ce qu'il prétendait faire D'un Dogue de qui l'ordinaire Était un pain entier. Il fallait bien et beau Donner cet animal au Seigneur du village. Lui, Berger, pour plus de ménage, Aurait deux ou trois Mâtineaux, Qui, lui dépensant moins, veilleraient aux troupeaux Bien mieux que cette bête seule. Il mangeait plus que trois ; mais on ne disait pas Qu'il avait aussi triple gueule Quand les Loups livraient des combats. Le Berger s'en défait ; il prend trois Chiens de taille À lui dépenser moins, mais à fuir la bataille. Le troupeau s'en sentit ; et tu te sentiras Du choix de semblable canaille. Si tu fais bien, tu reviendras à moi. Le Grec le crut. Ceci montre aux Provinces Que, tout compté, mieux vaut, en bonne foi, S'abandonner à quelque puissant Roi, Que s'appuyer de plusieurs petits princes.
L'Avantage de la Science Entre deux Bourgeois d'une ville S'émut jadis un différend : L'un était pauvre, mais habile ; L'autre riche, mais ignorant. Celui-ci sur son concurrent Voulait emporter l'avantage, Prétendait que tout homme sage Était tenu de l'honorer. C'était un homme sot ; car pourquoi révérer Des biens dépourvus de mérite ? La raison m'en semble petite. " Mon ami, disait souvent Au savant, Vous vous croyez considérable ; Mais, dites-moi, tenez-vous table ? Que sert à vos pareils de lire incessamment ? Ils sont toujours logés à la troisième chambre, Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement. La République a bien affaire De gens qui ne dépensent rien ! Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. Nous en usons, Dieu sait ! notre plaisir occupe L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe, Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez À Messieurs les gens de finance De méchants livres bien payés. " Ces mots remplis d'impertinence Eurent le sort qu'ils méritaient. L'homme lettré se tut, il avait trop à dire. La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient : L'un et l'autre quitta sa ville. L'ignorant resta sans asile : Il reçut partout des mépris ; L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle : Cela décida leur querelle. Laissez dire les sots : le savoir a son prix.
Le Faucon et le Chapon Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ; Ne vous pressez donc nullement : Ce n'était pas un sot, non, non, et croyez-m'en, Que le Chien de Jean de Nivelle. Un citoyen du Mans, Chapon de son métier, Était sommé de comparaître Par-devant les Lares du maître, Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer. Tous les gens lui criaient, pour déguiser la chose, " Petit, petit, petit ! " mais, loin de s'y fier, Le Normand et demi laissait les gens crier. " Serviteur, disait-il ; votre appât est grossier : On ne m'y tient pas, et pour cause. " Cependant un Faucon sur sa perche voyait Notre Manceau qui s'enfuyait. Les Chapons ont en nous fort peu de confiance, Soit instinct, soit expérience. Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé, Devait, le lendemain, être d'un grand soupé, Fort à l'aise en un plat, honneur dont la Volaille Se serait passée aisément. L'Oiseau chasseur lui dit : " Ton peu d'entendement Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille, Gens grossiers, sans esprit, à qui l'on n'apprend rien. Pour moi, je sais chasser, et revenir au Maître. Le vois-tu pas à la fenêtre ? Il t'attend : es-tu sourd ? - Je n'entends que trop bien, Repartit le Chapon ; mais que me veut-il dire ? Et ce beau Cuisinier armé d'un grand couteau ? Reviendrais-tu pour cet appeau ? Laisse-moi fuir ; cesse de rire De l'indocilité qui me fait envoler Lorsque d'un ton si doux on s'en vient m'appeler. Si tu voyais mettre à la broche Tous les jours autant de Faucons Que j'y vois mettre de Chapons, Tu ne me ferais pas un semblable reproche. "
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