Dans la Ville avec diligence,
Pour l'Hymen dont le jour s'avance,
On voit travailler tous les Arts:
Ici se font de magnifiques chars
D'une forme toute nouvelle,
Si beaux et si bien inventés,
Que l'or qui partout étincelle
En fait la moindre des beautés.
Là pour voir aisément et sans aucun obstacle
Toute la pompe du spectacle,
On dresse de longs échafauds,
Ici de grands Arcs triomphaux
Où du Prince guerrier se célèbre la gloire,
Et de l'Amour sur lui l'éclatante victoire.
Là, sont forgés d'un art industrieux,
Ces feux qui par les coups d'un innocent tonnerre,
En effrayant la Terre,
De mille astres nouveaux embellissent les Cieux.
Là d'un ballet ingénieux
Se concerte avec soin l'agréable folie,
Et là d'un Opéra peuplé de mille Dieux,
Le plus beau que jamais ait produit l'Italie,
On entend répéter les airs mélodieux.
Enfin, du fameux Hyménée,
Arriva la grande journée.
Sur le fond d'un Ciel vif et pur
À peine l'Aurore vermeille
Confondait l'or avec l'azur,
Que partout en sursaut le beau sexe s'éveille;
Le Peuple curieux s'épand de tous côtés,
En différents endroits des Gardes sont postés
Pour contenir la Populace,
Et la contraindre à faire place.
Tout le Palais retentit de clairons,
De flûtes, de hautbois, de rustiques musettes,
Et l'on n'entend aux environs
Que des tambours et des trompettes.
Enfin le Prince sort entouré de sa Cour
Il s'élève un long cri de joie,
Mais on est bien surpris quand au premier détour,
De la Forêt prochaine on voit qu'il prend la voie,
Ainsi qu'il faisait chaque jour.
Voilà, dit-on, son penchant qui l'emporte,
Et de ses passions, en dépit de l'Amour,
La Chasse est toujours la plus forte.
Il traverse rapidement
Les guérets de la plaine et gagnant la montagne,
Il entre dans le bois au grand étonnement
De la Troupe qui l'accompagne.
Après avoir passé par différents détours,
Que son cœur amoureux se plaît à reconnaître,
Il trouve enfin la cabane champêtre,
Où logent ses tendres amours.
Griselidis de l'Hymen informée,
Par la voix de la Renommée,
En avait pris son bel habillement;
Et pour en aller voir la pompe magnifique,
De dessous sa case rustique
Sortait en ce même moment.
Où courez-vous si prompte et si légère?
Lui dit le Prince en l'abordant
Et tendrement la regardant;
Cessez de vous hâter trop aimable Bergère:
La noce où vous allez, et dont je suis l'Epoux,
Ne saurait se faire sans vous.
Oui, je vous aime, et je vous ai choisie
Entre mille jeunes beautés,
Pour passer avec vous le reste de ma vie,
Si toutefois mes vœux ne sont pas rejetés.
Ah! dit-elle, Seigneur je n'ai garde de croire
Que je sois destinée à ce comble de gloire;
Vous cherchez à vous divertir.
Non, non, dit-il, je suis sincère,
J'ai déjà pour moi votre Père
(Le Prince avait eu soin de l'en faire avertir).
Daignez, Bergère, y consentir,
C'est là tout ce qui reste à faire.
Mais afin qu'entre nous une solide paix
Éternellement se maintienne,
Il faudrait me jurer que vous n'aurez jamais
D'autre volonté que la mienne.
Je le jure, dit-elle, et je vous le promets;
Si j'avais épousé le moindre du Village,
J'obéirais, son joug me serait doux;
Hélas! combien donc davantage,
Si je viens à trouver en vous
Et mon Seigneur et mon Epoux.
Ainsi le Prince se déclare,
Et pendant que la Cour applaudit à son choix,
Il porte la Bergère à souffrir qu'on la pare
Des ornements qu'on donne aux Épouses des Rois.
Celles qu'à cet emploi leur devoir intéresse
Entrent dans la cabane, et là diligemment
Mettent tout leur savoir et toute leur adresse
À donner de la grâce à chaque ajustement.
Dans cette Hutte où l'on se presse
Les Dames admirent sans cesse
Avec quel art la Pauvreté
S'y cache sous la Propreté;
Et cette rustique Cabane,
Que couvre et rafraîchit un spacieux Platane,
Leur semble un séjour enchanté.
Enfin, de ce Réduit sort pompeuse et brillante
La Bergère charmante;
Ce ne sont qu'applaudissements
Sur sa beauté, sur ses habillements;
Mais sous cette pompe étrangère
Déjà plus d'une fois le Prince a regretté
Des ornements de la Bergère
L'innocente simplicité.
Sur un grand char d'or et d'ivoire,
La Bergère s'assied pleine de majesté;
Le Prince y monte avec fierté,
Et ne trouve pas moins de gloire
À se voir comme Amant assis à son côté
Qu'à marcher en triomphe après une victoire;
La Cour les suit et tous gardent leur rang
Que leur donne leur charge ou l'éclat de leur sang.
La ville dans les champs presque toute sortie
Couvrait les plaines d'alentour
Et du choix du Prince avertie,
Avec impatience attendait son retour.
Il paraît, on le joint. Parmi l'épaisse foule
Du Peuple qui se fend le char à peine roule;
Par les longs cris de joie à tout coup redoublés
Les chevaux émus et troublés
Se cabrent, trépignent, s'élancent,
Et reculent plus qu'ils n'avancent.
Dans le Temple on arrive enfin,
Et là par la chaîne éternelle
D'une promesse solennelle,
Les deux Époux unissent leur destin;
Ensuite au Palais ils se rendent,
Où mille plaisirs les attendent,
Où la Danse, les Jeux, les Courses, les Tournois,
Répandent l'allégresse en différents endroits;
Sur le soir le blond Hyménée
De ses chastes douceurs couronna la journée.
Le lendemain, les différents États
De toute la Province
Accourent haranguer la Princesse et le Prince
Par la voix de leurs Magistrats.
De ses Dames environnée,
Griselidis, sans paraître étonnée,
En Princesse les entendit,
En Princesse leur répondit.
Elle fit toute chose avec tant de prudence,
Qu'il sembla que le Ciel eût versé ses trésors
Avec encor plus d'abondance
Sur son âme que sur son corps.
Par son esprit, par ses vives lumières,
Du grand monde aussitôt elle prit les manières,
Et même dès le premier jour.
Des talents, de l'humeur des Dames de sa Cour,
Elle se fit si bien instruire,
Que son bon sens jamais embarrassé
Eut moins de peine à les conduire
Que ses brebis du temps passé.